Moïse Sadoun P h o t o g r a p h i e s
Architecture de l'attente 2026
Cette série prend sa source dans l’expérience de l’identité juive, entendue comme rapport à la mémoire, à la transmission et à une orientation symbolique du monde.
Dans chaque diptyque, deux figures humaines sont prises dans des régimes de présence différents: l’une absorbée dans une verticalité face au mur, l’autre, regard clos tourné vers le spectateur. Entre elles, la chaise vide agit comme un tiers invisible.
Au cœur de ce travail, la chaise définit l’identité par son orientation, les trois formant trois états: l’identité dans le retrait, l’identité dans le refus et l’identité en suspens.
Isolée, la chaise désigne une direction, anticipe un corps, attend une présence.
Vide, elle devient la figure d’une attente.
Face au spectateur, elle induit exposition, identité sociale, visibilité et reconnaissance et se mue en autoportrait sans corps.
Associée à des fragments, à des parcours interrompus ou à des architectures inachevées, elle devient métaphore de la condition diasporique, le lieu où se rencontrent mémoire et devenir, appartenance et altérité.
A travers des dispositifs d’errance, de fragmentation, de perte, je déborde « la chaise d’Elie » pour entrer dans une approche plus universelle. La chaise fonctionne donc comme un opérateur conceptuel : elle permet de passer de la question juive de l’orientation (spatiale, mémorielle, spirituelle) à une réflexion plus large sur la manière dont chacun construit sa place dans le monde.
La série « Architecture de l’attente » explore finalement la manière dont les identités se construisent à partir d’orientations plutôt que de certitudes. A partir d’une mémoire située, qui suis-je selon l’orientation que j’adopte ? Mes images laissent supposer une identité perpétuellement en devenir et interrogent sur ce qui me relie aux autres: la nécessité d’habiter un monde incomplet et de composer avec ses fragments.
Moïse Sadoun, 2026









