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Pansements chromatiques            2026

La couleur, liée à la lumière, devient un besoin vital et humain.     

Fernand Léger

Cette série interroge la transformation du paysage naturel à travers des procédés de fragmentation numérique et de superposition chromatique. Les arbres que je photographie sont les archives fragiles d’un monde qui perd lentement ses attributs positifs.

Face à cette érosion, je superpose des aplats de couleurs franches, des formes géométriques sans nuances, des blocs tranchants déconnectés du naturalisme. Ils sont des intrus assumés, des signes venus d’un autre régime visuel : celui de la modernité industrielle, du numérique, du découpage analytique.

La couleur, loin d’être décorative, est ici en réalité compulsive. Elle surgit pour maintenir le monde dans un état de tension vitale, pour empêcher la disparition, pour réanimer ce qui se fossilise. Chaque aplat agit comme un pansement chromatique, une tentative de réparer les fractures du paysage, de construire un espace de pensée face à une nature devenue illisible. La couleur devient un antidote face à l’érosion du vivant.

La fragmentation agit comme révélateur d’un monde où la perception du réel est médiatisée, disloquée, reconstruite par strates. En le fragmentant par pulvérisation chromatique, l’arbre devient un champ de tensions entre continuité organique et rupture pour laisser finalement apparaître son épaisseur, sa multiplicité, son énigme.

La nature ainsi ne se montre plus telle qu’elle est, mais telle qu’elle survit.

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